N.D. DE TOUTES JOIES

Premier orgue de Louis DEBIERRE, cet orgue de transition est unique dans la région, il fait le lien entre BACH et César FRANCK et sa traction mécanique lui confère ce redoutable pouvoir de lier au plus près la tension mentale de l’organiste et la soupape, l’esprit et le souffle, l’art de l’interprétation et l’interprétation d’un art.

Le buffet de l’instrument traduit le style néo-gothique que le second empire va exploiter sans limite.Son architecture de château-fort relève du genre médiéval redécouvert à cette époque. C’est aussi le symbole de la forteresse de Sion du Roi David et un hommage au château des Ducs de Bretagne (nombreuses hermines peintes le long des créneaux).
Reprenant les théories de facture instrumentale de l’architecte romain VITRUVE, Louis DEBIERRE érige un orgue d’un équilibre racé qui tend aussi vers la beauté en réunissant les muses de la peinture, de l’architecture, de la sculpture et de la musique.
Le buffet, de plain-pied, s’intègre avec élégance entre les deux piliers et concentre toute la subtilité et la puissance des jeux vers la voûte dont la résonnance, tempérée et affinée par les abat-sons des toits du buffet, déploie à merveille le chromatisme rutilant issu de la palette entière du spectre sonore. La réverbération accompagne le son dans l’édifice en le portant comme une main invisible mais toujours inspirée.
La conception aristotélicienne d’un tout parfait qui revêt l’apparence d’un temple voué à l’esprit et à la sensibilité est ici admirablement accompli par le jeune facteur qui dote la chapelle de Toutes-Joies d’un orgue monumental. En effet, ce n’est qu’en 1959 que la capacité sonore des lieux sera multipliée par quatre avec la construction de la grande nef. A l’époque, ce grand huit pieds en montre devait sonner avec véhémence et particulièrement sous les doigts du chanoine Marcel COURTONNE (élève de Louis VIERNE et titulaire de la cathédrale de Nantes) qui venait improviser ici régulièrement.
Les peintures sur bois qui ornent les plates-faces annoncent en germe les visages pré-raphaélites. Les anges songeurs où trop absorbés dans leur inspiration céleste pour dévisager les visiteurs, sont attribués au peintre Antoine MEURET dont plusieurs tableaux sont classés sur le département (l’église de Rougé en Loire-Atlantique recèle un Saint-Isidore entouré de ces mêmes anges).
Cet orgue, légèrement altéré lors du relevage de 1937, sort indemne de l’écoulement du temps et nous apparaît comme un miraculé au plus proche de son origine. C’est l’un des trois orgues de Nantes édifiés par Louis DEBIERRE classés Monuments Historiques (par arrêté ministériel du 23 décembre 1987). Lorsque la lumière des fins de journées se prend dans la rose enflammée du vitrail située au-dessus des fines tours du buffet, on peut alors déchiffrer dans la fusion vivante des couleurs la signature du silence par où commence et se perd toute musique…

GRAND ORGUE : Quintaton 16, Montre 8, Flûte 8, Bourdon 8, Salicional 8, Prestant 4,Doublette 2, Basse et Dessus de Trompette 8, Clairon 4, Plein Jeu IV.

RECIT : Voix Céleste 8, Bourdon 8, Viole de Gambe 8, Flûte Octaviance 4, Nazard 2 2/3, Trompette 8, Basson Hautbois 8.

PEDALIER : Bourdon 16, Flûte 8.

Frédéric LABARRE, Titulaire